L'Europe envisage d'organiser des charters communs de clandestins
Dix jours après l'expulsion de France de trois clandestins afghans vers Kaboul à bord d'un avion affrété avec le Royaume-Uni, Nicolas Sarkozy a obtenu, vendredi 30 octobre, que les Européens examinent la possibilité d'organiser des vols charters communs pour expulser des immigrés illégaux. Ed Hardy chothing
L'idée serait de faire financer ces opérations par l'Union européenne (UE). M. Sarkozy, qui a organisé la destruction de la "jungle" de Calais où se pressent les candidats à l'immigration vers l'Angleterre, six ans après avoir fermé le centre de Sangatte, s'est félicité de l'initiative. "Personne n'aurait pu imaginer, il y a quelques années, que des gouvernements de gauche, de droite, du Sud et du Nord, se mettent d'accord sur le principe que quelqu'un qui n'a pas respecté les règles doit être ramené chez lui par avion, par train ou par tout autre moyen, de façon digne. C'est un progrès considérable", a déclaré le chef de l'Etat à Bruxelles.
Cet accord fait suite à une demande formulée, le 23 octobre, par M. Sarkozy et le président du conseil italien, Silvio Berlusconi. M. Sarkozy cherche à banaliser les expulsions. Le gouvernement a noté que la presse britannique avait à peine mentionné le charter pour Kaboul qui comportait 24 expulsés du Royaume-Uni. Et lorsqu'il s'est agi de faire adopter un pacte sur l'immigration sous présidence française, M. Sarkozy s'était réjoui en privé des discours très droitiers de M. Berlusconi, qui le recentraient.
Aujourd'hui, l'équipe Sarkozy veut contrer toute résurgence du Front national et le ministre de l'immigration, Eric Besson, a "salué" la décision des Vingt-Sept. Celle-ci, pourtant, se contente de demander à la Commission européenne de procéder à "l'examen de la possibilité d'affréter régulièrement des vols de retour communs financés par Frontex", l'agence européenne chargée de la sécurité des frontières externes de l'UE.
La formulation alambiquée s'explique par les réticences de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui ne souhaite pas improviser sur ce sujet, et par celles de la Commission. Dans les prochains jours, cette dernière devrait demander par écrit des explications aux gouvernements français, britannique et italien au sujet de leurs récentes opérations de retour, afin de s'assurer que les droits des personnes renvoyées ont été respectés.
"Les Etats doivent trouver le point d'équilibre entre la part sécuritaire et la part d'humanité", met en garde Jacques Barrot, le commissaire européen chargé de l'immigration : "Frontex peut coordonner les retours, mais il faut surtout s'occuper de réinsérer les gens dans leur pays d'origine."
Les Vingt-Sept demandent aussi à la Commission d'élaborer pour début 2010 des procédures et des règles "claires" concernant les opérations en mer, alors que la Méditerranée est traversée par des boat-people, ainsi qu'"une coopération opérationnelle accrue entre l'agence Frontex et les pays d'origine et de transit".Ed Hardy chothes
Sont visées la Turquie, par où transitent les migrants d'Asie centrale, et la Libye, d'où proviennent de nombreux Africains subsahariens, soumis, selon l'organisation Human Rights Watch, à "des conditions de vie inhumaines" dans les camps libyens.


